Jean-Pierre Ghiribelli : « En Suisse, le drame de Crans Montana a révélé des failles structurelles »
Après le drame à Crans Montana en Suisse, Jean-Pierre Ghiribelli, président de l’UMIH (Union des Métiers de la Restauration et de l'Hôtellerie), estime que «…

L'incendie meurtrier du bar « Le Constellation » à Crans Montana en Suisse, avec 41 morts et plus de 115 blessés, a ravivé les interrogations sur la sécurité des établissements de nuit en France. Alors que la Suisse tente de comprendre les défaillances qui ont conduit à cette tragédie, l'UMIH du Var, acteur majeur du secteur CHRD, réagit. Son président, Jean-Pierre Ghiribelli, analyse les conséquences économiques et réglementaires Le président de l'UMIH du Var répond aux questions de La Gazette du Var.
Le drame de Crans Montana a profondément marqué l'opinion. Comment les professionnels du Var ont-ils réagi ? Jean-Pierre GHIRIBELLI.
La réaction dépasse le cadre local. Même si je préside l'UMIH du Var, j'ai aussi des responsabilités nationales. Je rappelle que l'UMIH représente la première organisation professionnelle des cafés, hôtels, restaurants, établissements de nuit indépendants en France, fédérant 71 % des entreprises syndiquées, l'UMIH est le premier syndicat patronal du secteur CHRD.
En France, nous disposons d'un cadre réglementaire très strict et de services de l'État particulièrement vigilants. Si les règles sont respectées, un drame d'une telle ampleur ne peut pas se produire.
Et je le dis d'autant plus que nous venons d'achever l'UMIH Tour 2025. Comme chaque année, nous avons parcouru le département pour informer nos professionnels sur la législation, les contrôles, les obligations. L'objectif est clair : anticiper, prévenir, éviter les mises en défaut.
Cette tournée annuelle est essentielle dans un département qui reste le premier territoire touristique de France, devant Paris. Avec l'afflux estival, la qualité d'accueil, la stratégie et la sécurité sont des enjeux économiques majeurs.
Le drame suisse révèle des failles structurelles dans la gestion des établissements de nuit. Faut-il revoir le cadre français ? JPG.
Le cadre français n'a pas besoin d'être réécrit. Il a besoin d'être appliqué. Notre secteur est déjà l'un des plus réglementés de l'économie française.
Ajouter des normes reviendrait à alourdir les charges d'exploitation, alors que beaucoup d'entreprises sortent à peine de plusieurs années de tensions économiques.
Le véritable enjeu, c'est la conformité. Le respect des jauges, par exemple, est un paramètre à la fois sécuritaire et économique : il conditionne la rentabilité d'un établissement, mais aussi sa responsabilité juridique. Ce qui s'est passé en Suisse, 400 personnes dans un espace prévu pour 200, serait inconcevable en France.
Non seulement parce que la réglementation l'interdit, mais parce que les contrôles sont fréquents et que les exploitants savent qu'un dépassement de capacité peut entraîner une fermeture administrative immédiate.
Nous allons d'ailleurs renforcer, avec les services de l'État, les vérifications liées aux capacités d'accueil. L'objectif est double : protéger le public et garantir une concurrence loyale entre les établissements. Les exploitants sont-ils prêts à investir davantage dans la sécurité malgré un contexte économique parfois tendu ? JPG.
Ils n'ont pas le choix. La sécurité n'est pas une variable d'ajustement. Si un établissement n'a pas les moyens d'investir, il doit revoir sa catégorie, réduire sa capacité d'accueil et se mettre aux normes. On ne sacrifiera jamais la vie des clients pour préserver une marge. C'est une question de responsabilité morale autant qu'économique.
Vous évoquez la responsabilité des exploitants. Mais que doit faire l'État pour accompagner le secteur ? JPG. L'État nous apporte déjà beaucoup, même si nous ne sommes jamais totalement satisfaits. Il nous a soutenus pendant la pandémie du covid, il faut le reconnaître.
Mais il faut aller plus loin : empêcher l'installation de personnes non qualifiées. Trop d'établissements sont ouverts par des gens qui n'ont aucune compétence. Cela crée une concurrence déloyale et fragilise les professionnels sérieux.
Nous travaillons à la création d'un permis d'entreprendre, complémentaire au permis d'exploitation et aux formations HACCP. S'il est validé par l'État, ce sera un progrès majeur pour la sécurité et la professionnalisation du secteur. Nous souhaitons également instaurer un numerus clausus avec les communes pour réguler le nombre d'établissements.
Aujourd'hui, il y a un restaurant tous les 20 mètres dans certaines zones, parfois tenu par des personnes qui ne respectent ni la réglementation sociale, ni fiscale. C'est une concurrence déloyale. Ce n'est plus soutenable économiquement.
Quel message souhaitez-vous adresser aux professionnels du Var pour cette nouvelle année ? JPG. Nous sommes le département le plus visité de France avant Paris. Il faut continuer à échanger, innover, se former, pour maintenir la qualité qui fait venir notre clientèle chaque année.
La sécurité fait partie intégrante de cette qualité. C'est un investissement, mais aussi un avantage compétitif.